Les adultes et les enfants

Quelques erreurs à éviter
         Ce que vous pouvez faire
                    Quelques conseils supplémentaires


Beaucoup de parents s’inquiètent de « la posture » de leurs enfants.
Le choix de ce mot semble impliquer que nous savons tous ce qui constitue une bonne et une mauvaise posture – mais est-ce le cas ?
Sermonner les enfants au sujet de leur « posture » a déjà fait de nombreux dégâts !


Des motifs d’inquiétude…
Les problèmes de dos qui se présentent parmi les écoliers de nos jours représentent effectivement une raison de s’inquiéter.
Il est plus difficile de savoir comment s’y prendre face à cette constatation.
Quand faut-il dire quelque chose ?
Quand est-ce que vos remarques feront-elles plus de mal que de bien ?

Ces bons petits dos, ces épaules bien posées des tout-petits, vous ont tant plu dans le passé.
Il est désolant de les voir grandir et se voûtant et en s’affaissant.
Vous savez que les habitudes prises maintenant affecteront la santé pendant toute la vie.
Tout parent responsable se ferait des soucis.

Je sais ! Mais, après plus de trente ans à me confronter à de tels problèmes, je vous demande d’abord de :

  • prendre du recul ;
  • résister à l’envie de dire quelque chose pour pousser l’enfant à changer.

Est-ce que les conseils sont bons ?
Beaucoup de conseils proférés au sujet de la posture sont susceptibles d’aggraver la situation.
Posez-vous donc quelques questions…

Combien d’adultes ont une silhouette aussi harmonieuse qu’un petit enfant, et bougent avec autant de grâce ?
Connaissez-vous des adultes capables de crier à tue-tête comme un bébé, sans s’essouffler ?

Alors, qui sont les experts en la matière ? Nous avons beaucoup de choses à apprendre des tout-petits, si seulement nous le voulons bien !

 

Quelques erreurs à éviter - des choses à NE PAS dire !

Ne dites PAS « ne traînez pas les pieds, lève le pas ! »
Cela provoquera en général un raidissement, et de mauvaises habitudes durables dans la marche.
Mieux vaut accepter des chaussures éraflées, car en fait, les petits enfants utilisent leurs jambes et leurs pieds d’une manière naturelle, que les adultes ont le plus souvent perdue.

Ne dites PAS « tiens-toi droit ! »
Que ce soit debout ou assis, les enfants ne sauront pas vraiment ce que vous voulez dire – honnêtement, le savez-vous vous-même ?
Ils pourront faire des efforts inappropriés qu’ils seront incapables de maintenir, ou bien ils vous en voudront de leur dire ce qu’il faut faire, et alors ils vont s’affaisser exprès.

Ne dites PAS « ouvre les épaules ! »
Voilà quelque chose qu’il ne faudrait JAMAIS dire, mais qui est souvent difficile à résister, car bien sûr, vous ne voulez pas que votre enfant soit voûté, lorsqu’il sera grand.
Mais en réalité, ce que vous remarquez est que l’enfant se rétrécit à travers la poitrine. Tirer les épaules vers l’arrière n’est donc pas une solution, car cela ne fait que rétrécir le dos aussi ! Vous voilà avec deux problèmes au lieu d’un seul… Ou plutôt avec plusieurs problèmes, car la respiration sera entravée, la relation normale entre la tête, le cou et les épaules sera dérangée, et vous aurez préparé le terrain pour des maux de dos plus tard.

Ne dites PAS « respirez profondément ! »
La manière de respirer d’une personne est fonction de sa manière d’être global, debout, assis et en mouvement. On n’a rien à gagner à se fabriquer un problème – souvenez-vous que les bébés savent respirer parfaitement. Pourquoi se compliquer la vie ?

 

Ce que vous pouvez faire


En tant que parent, vous pouvez faire beaucoup pour protéger votre enfant des influences susceptibles de créer des problèmes. Les coupables habituels sont :

L’IMITATION          L’ENNUI           LA FATIGUE          LA PEUR

L’imitation
Souvenez-vous d’abord que les être humains sont extrêmement imitateurs – surtout les enfants. Ils s’imitent entre eux, ce qui fait partie du processus normal de développement, du besoin de se faire accepter. Ils expérimentent, en imitant leurs professeurs et d’autres adultes. Mais surtout, depuis leur plus jeune âge, et tout à fait inconsciemment, ils imitent leurs parents. C’est pour cela que certaines manières de bouger ou de se tenir debout semblent être héréditaires – en réalité, le responsable n’est pas tant les gènes que la faculté d’imitation inconsciente. Donc, il faut…

Montrer l’exemple
Voilà une des meilleures choses que vous pouvez faire pour vos enfants.
Ne soyez pas comme certains parents que j’ai connus, qui m’amènent leur enfant et se lamentent devant lui de sa posture, tout en se tortillant eux-mêmes sur leur chaise comme un bretzel !

Bien sûr, vous voyez ce que votre enfant est en train de faire.
Mais peut-être n’êtes-vous pas si conscient de ce que vous infligez à vous-même !
Peut-être que vous-même, vous n’avez pas eu un bon exemple à suivre lorsque vous étiez petit. C’est souvent le cas, et cela ne sert à rien de se reprocher quelque chose dont on n’est pas responsable.

On se préoccupe beaucoup de ces questions aujourd’hui. On fait de grands efforts pour s’améliorer par toutes sortes d’exercices. Parfois ça marche, mais souvent ça ne marche pas, car il y a trop de facteurs en jeu.

Il n’a pas toujours été facile de s’informer sur ces questions d’une manière adéquate. (Voir les suggestions de lecture.)

L’ennui
Il y a des enfants qui se plaignent que l’école les ennuie.
Est-ce qu’ils ne comprennent pas ce qu’on leur enseigne ?
Ou adoptent-ils cette attitude pour mieux se fondre dans le groupe ?
Et vous, qu’est-ce qui vous intéresse ? Quelque chose que peuvent partager vos enfants ?
Pouvez-vous les aider à s’intéresser aux choses ? Avec tact, bien sûr !
Mais n’oubliez pas qu’un peu d’ennui peut être bénéfique, car un enfant qui est toujours diverti par des artifices passera à côté de bien des choses intéressantes.

La fatigue
Souvent, les enfants et les adolescents sont véritablement très, très fatigués.
Dans certaines écoles, ils sont obligés de porter des cartables très lourds d’une classe à l’autre, toute la journée. Sans parler des affaires de sport, de l’instrument de musique, etc.
Les parents devraient protester, car il doit être possible de gérer une école sans compromettre la santé des élèves. On peut installer des casiers, réorganiser les plannings.
Ne tolérez pas une situation intenable – protestez !

La peur
Bien sûr, vous faites tout ce que vous pouvez pour protéger votre enfant des dangers physiques, des agressions et des brimades.
Mais il y a des situations apparemment plus banales qui peuvent provoquer des réactions posturales d’appréhension et de peur :

Les adolescents sont souvent un peu complexés – on le voit dans leur manière de se tenir.
Des garçons qui brusquement grandissent pour dépasser leurs parents, des filles qui se trouvent avec une silhouette de femme avant de se sentir prêtes – ces enfants-là vont souvent se laisser affaisser, et pousser leur bassin vers l’avant. Ainsi, ils ont l’air plus petit qu’ils ne le sont en réalité – mais ce n’est pas bon pour leur santé.

Cette phase de l’adolescence nécessite beaucoup de discrétion de la part des parents et des enseignants. Il faut essayer de ne rien dire qui ajoutera au sentiment de gêne.
L’exemple est plus efficace que les sermons !

 

Quelques conseils supplémentaires

Laissez les être naturels
Les « trotteurs » sont peut-être pratiques pour des mamans affairées, mais ils ont de grands inconvénients, car il est vital qu’un enfant explore pleinement la marche à quatre pattes.
Certains parents essaient de pousser leurs enfants à dépasser rapidement cette phase – parfois, c’est qu’ils ont tout simplement envie que leur bambin apprenne à marcher avant celui du voisin. Malheureusement, ils ignorent les dégâts qui peuvent être provoqués par ce genre d’esprit compétitif mal placé !

Dans mon expérience, les dos adultes les plus faibles se trouvent chez ceux qui, tout petits, n’ont pas assez vécu la marche à quatre pattes. Parfois, il y aussi un lien avec la dyslexie.

Si l’enfant n’aime pas rester à quatre pattes, on peut inventer des jeux qui ne peuvent se jouer que comme ça. Cela vous fera du bien, à vous aussi !

Les chaussures
Ne cédez pas aux demandes pour des hauts talons ou des semelles à plate-forme, car les dommages causés au dos, aux jambes et aux pieds sont trop importants.

L’habitude de respirer happant de l'air
De nombreux jeunes prennent de très mauvaises habitudes de respiration.
Parfois, c’est parce qu’ils ont tellement de choses à dire, ils ont comme peur d’être interrompu avant d’avoir pu tout raconter. Alors, ils happent de l'air en permanence, pour être sûr de ne pas se trouver à court de souffle.

Essayez de prendre le temps de vous asseoir et d’écouter calmement, chaque enfant à son tour – et veillez à ne pas tomber vous-même dans l’habitude de happer de l'air ! Cela est assez contagieux, je vous préviens.

S’asseoir
Les chaises et les fauteuils très mous et les canapés profonds ne sont pas bons pour les enfants – ni pour vous ! Les enfants s’enfoncent dedans et restent très mal assis, devant la télévision.
La manière de s’asseoir devant un ordinateur est souvent nuisible, aussi. On peut toujours essayer de limiter les heures devant la télé ou les jeux d’ordinateur, en proposant d’autres activités intéressantes.

Quand les petits enfants s’assoient à une table ou à un bureau, veillez à ce que leurs pieds trouvent un bon appui. Aussi, que ce soit pour manger, écrire ou se servir des mains de quelque manière que ce soit, la chaise devrait être ferme et plate, et non inclinée un peu en arrière.

On a le droit de se tromper
Face à un petit enfant, la plupart des adultes se montrent d’une grande patience. L’enfant comprend alors qu’il a le droit de se tromper, de mal prononcer les mots, de tenter de se mettre debout au risque de perdre l’équilibre et de tomber sur ses fesses…

Est-ce que cette tolérance des erreurs pourrait avoir un rapport avec la quantité impressionnante de choses que les bébés parviennent à apprendre au cours de leurs deux premières années ? Car la patience des adultes a tendance à s’estomper quand les enfants commencent à grandir. A l’école comme à la maison, on s’attend à ce qu’ils apprennent vite, qu’ils donnent la bonne réponse, et qu’ils fassent ce qu’on leur dit « tout de suite, sinon avant ! »

Surtout, essayez de protéger votre enfant de la précipitation et de l’agitation qui provoquent un état d’anxiété. Ce n’est pas facile, car cela ne dépend pas que de vous : l’école y est pour beaucoup. Vous pouvez, cependant, affirmer le principe qu’il est bon d’expérimenter, qu’il est normal de se tromper, et que d’arrêter pour se demander comment faire quelque chose, avant de s’y lancer, est aussi une démarche intelligente.

Si l’esprit qui règne chez vous aide vos enfants à comprendre que c’est une bonne idée de prendre le temps nécessaire avant de faire un choix, vous leur aurez fait un cadeau précieux et durable.

Certains de ces conseils pourraient vous surprendre – surtout les choses à éviter. Vous trouverez des explications plus détaillées et des idées pratiques dans mon livre :
La Pensée et le Muscle – manuel de l’usager, par Elizabeth Langford, Anvers : Editions Garant, 2002, ISBN 90-441-1286-4 (disponible en librairie ou au Centre Alexander).

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